Maguy Nestoret-Ontanon : "On ne peut plus tolérer l’intolérable"

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Ancienne athlète de haut niveau, conseillère Sports et Outre-Mer du Maire de Paris puis DTN de la Fédération Française de Pentathlon Moderne, Maguy Nestoret-Ontanon a été nommée en mai dernier à la tête d’une mission de lutte contre l’homophobie dans le sport.

Quelle a été votre première réaction lorsque Najat Vallaud-Belkacem, ministre en charge des Sports, vous a contactée pour mener cette mission de lutte contre l’homophobie dans le sport ?

Maguy Nestoret-Ontanon : Cela fait plusieurs années maintenant que je suis engagée dans différents combats contre toutes les formes de discrimination. J’ai notamment écrit, en collaboration avec Audrey Keysers, un livre ("Football féminin : la femme est l’avenir du foot" - édition Le Bord de l’Eau) qui dénonçait notamment le sexisme dans le football. Dans la foulée nous avions également publié plusieurs tribunes et soumis une contribution au groupe PS sur la question... À titre plus personnel, j’ai aussi été victime de discriminations. Je suis une femme et je suis d’origine antillaise. Le racisme et le sexisme ne me sont donc, malheureusement, pas étrangers. Et je suis très sensible à ce sujet délicat qu’est l’homophobie dans le sport. Il y a une vraie nécessité aujourd’hui de s’engager dans cette lutte. Et s’il y a moyen de faire bouger les lignes, je suis fière de pouvoir apporter ma contribution. Tout ça pour dire que je n’ai pas hésité longtemps lorsque la ministre m’a proposé ce challenge.

Pourquoi pensez-vous avoir le profil idéal pour ce poste ?

Ce n’est peut-être pas à moi de le dire (sourires). Je sais que la ministre avait la volonté de nommer une personnalité qui connait bien le sport de haut niveau. Je n’ai peut-être pas un immense palmarès comme d’autres grands sportifs français (double championne de France du 200 m et sélectionnée olympique, ndlr) mais mon parcours personnel et professionnel - responsable sport marketing chez adidas France ; DTN adjointe à la Fédération française d’athlétisme en charge du suivi de l’élite, de l’athlétisme féminin et de l’Outre-Mer ; Conseillère Sports et Outre-Mer auprès du Maire de Paris ; DTN de la fédération française de pentathlon moderne, ndlr - m’a permis d’acquérir de l’expérience et de constituer un solide réseau dans le sport français, toutes disciplines confondues, que je pourrai utiliser dans le cadre de ma nouvelle mission.

Pouvez-vous justement nous expliquer les contours de cette mission ?

Je vais commencer par faire un état des lieux, un diagnostic précis de la charte contre l’homophobie dans le sport qui a été initiée en 2010 et déterminer quelles actions ont été mises en œuvre. Cette charte a-t-elle été signée par toutes les fédérations et si non, pour quelles raisons ? Ensuite, il sera temps de réfléchir à la création d’outils de sensibilisation et également à l’instauration de modules de formation à l’attention des sportifs, mais aussi des éducateurs, des institutions et des supporters. Il est important de faire comprendre à tous que les blagues de vestiaires ou de stades ne sont justement pas des blagues et que ces propos peuvent être très violents et blessants. Je pense également qu’il faudra des actes concrets et donc la création d’un véritable arsenal de sanctions. Des mesures disciplinaires pourraient être prononcées à l’encontre de toutes personnes qui feraient preuve de discriminations homophobes. Cela fera certainement partie des propositions que je formulerai dans un premier rapport l’an prochain. Pour mener à bien cette mission, je vais m’appuyer sur les services du ministère en charge des Sports, l’administration centrale mais aussi les services déconcentrés, sans oublier l’ensemble des acteurs du mouvement sportif français, à commencer par le CNOSF, le Conseil national du sport et les fédérations.

Est ce que vous pensez que le monde du sport est prêt aujourd’hui à s’engager dans cette lutte ?

Il ne l’est peut-être pas forcément encore mais on va faire en sorte de le préparer ! Certains interlocuteurs me disent encore : "Nous ne sommes pas concernés !" Or, ils se trompent. Selon le rapport annuel de l’association SOS Homophobie, les actes homophobes ont fait un bond de 78% en 2013 en France par rapport à l’année précédente. Le sport est à l’image de la société et n’est malheureusement pas épargné. Quelle que soit la discipline, il y a forcément des sportives et des sportifs qui sont victimes d’actes homophobes mais qui n’osent pas en parler. Et je ne parle pas seulement d’homophobie masculine. Peu de sportifs ou de sportives ont osé faire leur coming-out. L’objectif n’est pas forcément de les inciter à le faire mais qu’ils ou elles aient au moins le choix sans craintes de représailles. Nous devons être extrêmement vigilants. On ne peut plus tolérer l’intolérable. De tels actes ne peuvent plus être commis impunément. J’ai vu trop d’amis dans mon entourage se renfermer ou se suicider après avoir été victimes d’homophobie, y compris au sein même de leur famille. Mais je suis de nature optimiste et j’ai le sentiment que les acteurs du mouvement sportif trouvent qu’il y a un sens à cette mission et qu’ils sont prêts à y contribuer. D’ailleurs, mon vœu est qu’à terme, il n’y ait plus besoin d’une telle mission car cela signifierait que le problème serait éradiqué. Le sport a valeur d’exemple et doit être exemplaire sur cette question.

PHOTO H. HAMON MDFVJA

Dernière mise à jour le 10 juin 2014

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