Le site du Ministère des Sports, de la Jeunesse, de l'Éducation populaire et de la Vie associative

Discours de Madame Rama Yade à l’occasion de la cérémonie de passation de pouvoir - Paris XIIIe

20 août 2009

Je voudrais vous dire l’immense bonheur qui est le mien, Chers amis, de continuer à être au service de la France. En me renouvelant leur confiance, le Président de la République et le Premier ministre me font un honneur exceptionnel dont je mesure l’importance et la portée. Je voudrais les en remercier chaleureusement.

J’ai également eu le grand plai­sir, grâce à eux, de por­ter, à tra­vers la pro­mo­tion des droits de l’homme dans le monde, la voix de la France. C’est-à-dire le meilleur de nous-mêmes, le meilleur de notre chère France, les valeurs huma­nis­tes qui font la France éternelle, ce qui fait notre iden­tité pro­fonde, ce qui fait que la France ne serait pas la France sans cela.

Au moment de quit­ter cette mis­sion, ma pen­sée va à tou­tes les asso­cia­tions, tou­tes les ONG, les intel­lec­tuels, tou­tes les per­son­na­li­tés qui m’ont sou­te­nue dans mon action. Il y a de l’affec­tif dans l’hom­mage que je veux leur ren­dre. Nous avons par­tagé ensem­ble des moments forts, souf­fert ensem­ble pour les oppri­més de la terre, éprouvé ensem­ble les plus bru­ta­les inhu­ma­ni­tés, ri de nos suc­cès à l’ONU. A aucun moment, ils ne m’ont aban­don­née ; à cha­que fois, ils ont cru en ma sin­cé­rité et en mon enga­ge­ment. Et même dans les moments dif­fi­ci­les, ils ont été là pour m’appor­ter leur pro­tec­tion ines­ti­ma­ble. Je mesure avec d’autant plus d’émotion cette soli­da­rité qu’il n’est pas évident pour des repré­sen­tants de la société civile de venir en sou­tien aussi sou­vent à un offi­ciel, et ce, alors que nous ne venions pas tou­jours de la même famille poli­ti­que. Nous som­mes liés à jamais. La famille des droits de l’homme, j’en ferai tou­jours par­tie. Le secré­ta­riat d’Etat aux droits de l’homme a été un suc­cès. Le bilan est beau et incontes­ta­ble.

Je vou­drais aussi remer­cier tous ceux, direc­teurs, sous-direc­teurs et rédac­teurs, agents, ambas­sa­deurs qui, au Quai d’Orsay et dans nos pos­tes à l’étranger, excep­tion­nels de com­pé­tence et de loyauté, ont faci­lité mon tra­vail et sou­vent dans une cer­taine com­pli­cité. Je ne veux pas oublier non plus nos ambas­sa­deurs et nos diplo­ma­tes, qui, dans des condi­tions par­fois dif­fi­ci­les, ont par­ti­cipé à l’orga­ni­sa­tion de mes dépla­ce­ments. Je remer­cie aussi les mem­bres de mon cabi­net, et le pre­mier d’entre eux Hugues Moret, qui patiem­ment et loya­le­ment ont su cons­truire ce beau par­cours. Et ça va conti­nuer, puis­que tous me sui­vent au Ministère des sports. Je les remer­cie de leur confiance et de leur affec­tion. Car les fonc­tions chan­gent, mais la femme poli­ti­que que je suis, elle ne change pas.

Maintenant, per­met­tez-moi d’avoir une pen­sée par­ti­cu­lière pour tous les com­bat­tants de la liberté et de la dignité humaine, qui, sou­vent au péril de leur vie, ne se rési­gnent pas à l’injus­tice et l’oppres­sion. De l’Afghanistan à la République démo­cra­ti­que du Congo en pas­sant par l’Iran, j’ai été de tous les com­bats, enga­geant ce qu’il y a de plus cher en moi, la sin­cé­rité et les convic­tions. Plus d’une cen­taine de dépla­ce­ments en France et dans le monde, une réforme his­to­ri­que de l’adop­tion inter­na­tio­nale avec des résul­tats immé­diats, du Tunisien Abbou au Burundais Sinduhije, des défen­seurs des droits de l’homme libé­rés après d’âpres batailles, la pro­tec­tion don­née à Taslima Nasreen, désor­mais rési­dente de France, l’obten­tion que l’UE fasse des droits des fem­mes la prio­rité pour 2009, des acquis iné­dits en matière de lutte contre l’homo­pho­bie, plus de 80 Etats entraî­nés par moi grâce à une cam­pa­gne cons­truc­tive et patiente dans la lutte contre le phé­no­mène des enfants sol­dats etc ...ce minis­tère n’avait pas voca­tion à réfor­mer et il a réformé concrè­te­ment. Et ce souci cons­tant de ne jamais céder sur les prin­ci­pes et les valeurs qui font la France.

Ces valeurs, jus­te­ment, je veux remer­cier tous les Français qui, par leur atta­che­ment pro­fond aux valeurs humai­nes fon­da­men­ta­les, ont rendu ma mis­sion légi­time et exal­tante. Eux aussi, à cha­que fois, ils ont été là pour me dire leur confiance et leur atta­che­ment. On dit que le minis­tère des droits de l’homme a été décrié : il ne l’a été ni pour la famille des droits de l’homme ni pour les Français. On dit qu’il a été... spor­tif, il ne pou­vait, il ne devait en être autre­ment.

Pour tou­tes ces rai­sons, je suis fière du tra­vail accom­pli. On par­tait de rien, d’un minis­tère qui n’avait jamais existé, avec une expé­rience poli­ti­que d’à peine un an et nous avons porté le bateau à bon port. Un bilan incontes­ta­ble, je le répète, qu’il ne vien­drait à per­sonne de nier. Le minis­tère des droits de l’homme, ce n’était rien, j’en ai fait quel­que chose, c’est-à-dire un sym­bole fort du gou­ver­ne­ment et de la France. Contre vents et marées, j’ai tenu le cap. Les Français s’y sont reconnus et dans les heu­res dif­fi­ci­les se sont même dres­sés pour le défen­dre. La France a su, à tra­vers ce minis­tère, rede­ve­nir le pays des droits de l’homme vers lequel tant de regards se sont tour­nés.

A l’heure où l’Iran s’embrase, où ni l’Afghanistan ni la RDC n’ont trouvé l’apai­se­ment et où des mil­liers de com­bat­tants des droits de l’homme, de la Chine à la Birmanie, de la Corée du nord au Darfour, appel­lent le secours de la France, rien ne serait plus grave que de lais­ser les droits de l’homme en dehors de notre poli­ti­que étrangère. Il fau­dra conti­nuer à défen­dre ces valeurs. Savoir, avec huma­nisme, écouter la voix des sans voix. Au nom d’une cer­taine idée de la France. J’espère que le minis­tre des Affaires étrangères saura pré­ser­ver cette flamme. Je ne doute pas qu’avec les convic­tions qui sont les sien­nes, for­tes et iné­bran­la­bles comme vous le savez, il saura, au sein de notre poli­ti­que étrangère, en faire quel­que chose. Sinon, de là où je serai, je le ferai, n’en dou­tez pas. Car, les amis, la lutte conti­nue !

*

Car, ces valeurs, elles sont aussi dans le sport. Et, je conti­nue­rai à les por­ter à tra­vers les sports. Nous som­mes une grande nation olym­pi­que. Les valeurs huma­nis­tes sont le cœur de l’idéal spor­tif. A tra­vers elles, je reste dans la famille des droits de l’homme. La flamme, j’allais dire olym­pi­que, prend une nou­velle vigueur.

Et, des droits de l’homme aux sports, je reste sur le patri­moine imma­té­riel de la France. Comme avec les droits de l’homme, le sport per­met de par­ta­ger des grands moments d’émotion natio­nale. Songeons à la France black/blanc/beur !

Car, le sport concerne cha­que fran­çais. Il est l’un des véhi­cu­les les plus excep­tion­nels de la vie dans la cité qui dit tant de l’idée que nous nous fai­sons de la citoyen­neté. Le sport, un huma­nisme, comme aurait pu le dire Pierre de Coubertin. L’effort, le mérite, le tra­vail, le dépas­se­ment de soi, l’abné­ga­tion, le sens du col­lec­tif, le res­pect de l’adver­saire, les ver­tus évidentes d’inté­gra­tion sociale, de santé et d’éducation popu­laire : voilà pour moi ce qu’est le sport ; une pra­ti­que et un état d’esprit ! Voilà ce qui, au sein de cha­que foyer, tou­che les Français au coeur. Et Pierre Coubertin, encore lui, qui dit mieux que per­sonne, ceci : « Si les Français savaient le rôle de l’intel­li­gence et de la volonté, la part de l’esprit et de carac­tère dans la plu­part des sports, avec quel entrain, ils y pous­se­raient leurs enfants ! ».

Et puis quel sym­bole ! De Léo Lagrange, l’ami de Malraux, pre­mier secré­taire d’Etat aux sports à Pierre Mazeaud, de grands noms ont été secré­tai­res d’Etat aux sports. Ensuite, à tra­vers cette fonc­tion, ce n’est pas seu­le­ment le cœur des Français que je vais tou­cher, mais aussi le corps : mens sana in cor­pore sano, disait le poète latin qui ne deman­dait que cette faveur-là aux dieux, un esprit sain dans un corps sain. Et Goethe, comme me le rap­pe­lait hier un ami, qui comme en écho, pou­vait ajou­ter “appren­dre au corps à saluer l’esprit” !

C’est avec sérieux et enthou­siasme, donc, que je prends mes nou­vel­les fonc­tions de secré­taire d’Etat char­gée des sports. Dans mon nou­veau minis­tère, je met­trai la même énergie, la même hon­nê­teté et la même com­pé­tence que cel­les que j’ai déployées aux droits de l’homme.

Un éditorialiste de radio a parlé hier soir de puni­tion. L’insulte, mes amis, que ce mal­heu­reux a fait aux spor­tifs fran­çais et à la nation olym­pi­que qu’est la France ! En voilà un qui n’a rien com­pris. En voilà un qui ignore l’extrême géné­ro­sité et l’esprit de fair play de la grande famille du sport. J’ai envie de le lui dire aujourd’hui : M. Duhamel, tai­sez-vous !

La grande famille du sport, jus­te­ment, par­lons-en. Je veux aujourd’hui m’adres­ser à elle, c’est-à-dire à 65 mil­lions de Français : ama­teurs et spor­tifs de haut niveau, for­ma­teurs et éducateurs, y com­pris dans les quar­tiers popu­lai­res, sup­por­ters, diri­geants et per­son­nels de clubs spor­tifs, fédé­ra­tions qui font, en effet, la fierté de la grande nation spor­tive que nous som­mes.

A tra­vers eux, que d’enjeux lourds : éducation, han­di­cap, inté­gra­tion, phi­lan­thro­pie, sans par­ler des enjeux consi­dé­ra­bles de l’économie du sport, les paris spor­tifs, la cons­truc­tion et la réno­va­tion des grands équipements et des pro­blè­mes tels que le dopage, la vio­lence, le sif­flets dans les sta­des, le racisme ; d’évènements excep­tion­nels cette année et celle à venir comme le Tour de France cycliste ou la Coupe du monde 2010 en Afrique du sud.

Car, le sport a aussi par­tie liée à l’inter­na­tio­nal et à un cer­tain esprit des Nations : la com­pé­ti­tion mais dans l’exal­ta­tion d’une même com­mu­nauté de valeurs et de fra­ter­nité : le tour­noi, la par­tie, le cir­cuit, l’équipe, le match, pas la guerre. Songeons à Nelson Mandela por­tant le maillot des Springboks à la fin de l’apar­theid. Ou l’Afro-amé­ri­cain Jesse Owens bran­dis­sant son poing rebelle face aux Nazis.

Et per­met­tez, Mes amis, à l’élue de Colombes d’avoir une pen­sée émue pour le mythi­que Stade Yves du Manoir et de ren­dre un hom­mage très per­son­nel à la mon­tée dans le Top 14 du Racing Metro 92.

Enfin, je vou­drais me tour­ner vers Bernard Laporte. Lui dire que j’ai un immense res­pect pour ses exploits à la tête de l’équipe natio­nale de rugby et pour son tra­vail dans notre minis­tère. Parce que Bernard, tu res­te­ras tou­jours dans le cœur des Français, je serais heu­reuse de béné­fi­cier de tes conseils dans ma nou­velle mis­sion. Car, j’aurais le for­mi­da­ble hon­neur de por­ter, aux côtés de Roselyne Bachelot qui a la gen­tillesse de m’y accueillir, ce nou­veau et beau com­bat avec des moyens inconnus jus­que là de moi et une admi­nis­tra­tion dont je devine déjà l’extrême com­pé­tence et dévoue­ment pour la cause qui désor­mais nous réu­nit.

Je vous remer­cie.