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Discours de Roselyne Bachelot-Narquin à l’occasion du sommet international contre le dopage dans le cyclisme

24 octobre 2007

Monsieur le Président du CNOSF,
Monsieur le Président de l’Agence Mondiale Antidopage,
Monsieur le Président de l’Union cycliste internationale,
Mesdames et Messieurs,

Règle et confiance, cha­cun, je pense, aujourd’hui l’aura com­pris, se sup­po­sent l’une l’autre. Ce qui se véri­fie d’un point de vue stric­te­ment uti­li­ta­riste, puis­que, confor­mé­ment à un prin­cipe d’économie bien connu, la confiance néces­saire à tout mar­ché exclue l’aléa dis­cré­tion­naire, cons­ti­tue sur­tout le fon­de­ment même de toute éthique.

Certes, disons le, sans nous voi­ler la face : sui­vant la sim­ple logi­que de l’inté­rêt bien com­pris, la sport a tout à gagner, en terme d’image, de cré­di­bi­lité, à l’ins­tau­ra­tion de contrô­les anti-dopage impé­ra­tifs et contrai­gnants.

Cependant, à mes yeux, bien entendu, l’essen­tiel n’est pas là. L’essen­tiel est de pro­mou­voir la valeur exem­plaire du geste spor­tif qui sus­cite, notam­ment auprès des plus jeu­nes, ce sen­ti­ment qui élève et qu’on nomme : admi­ra­tion.

Il faut pour gran­dir, en effet, être capa­ble de redres­ser la tête, non pas de se pros­ter­ner et d’ido­lâ­trer, mais être en mesure de reconnaî­tre les mar­ques du cou­rage, de la pro­bité, de la géné­ro­sité, bref de l’excel­lence humaine qui par­fois se mani­feste de manière éclatante et excep­tion­nelle dans un exploit spor­tif, indi­vi­duel ou col­lec­tif.

Je tenais, pour clô­tu­rer ces ren­contres, à vous dire que j’ai bon espoir pour le sport qui devrait sor­tir grandi, plu­tôt qu’affai­bli, de la lutte contre le dopage.

En impo­sant des règles de contrôle caté­go­ri­ques, en les uni­ver­sa­li­sant, non seu­le­ment nous conso­li­de­rons la confiance néces­saire à l’enthou­siasme sus­cité, mais nous favo­ri­se­rons l’avè­ne­ment d’une ère nou­velle où le com­por­te­ment spor­tif ces­sera de reflé­ter nos mœurs chi­mi­quées, d’en être la déso­lante copie, pour deve­nir le modèle qu’on vou­drait imi­ter. Le sport de haut niveau a voca­tion, en effet, à pro­mou­voir des maniè­res d’être exem­plai­res et non à répé­ter jusqu’à la cari­ca­ture notre appé­tence fré­né­ti­que pour la ren­ta­bi­lité et nos tra­vers consu­mé­ris­tes.

Le sport doit avoir pour effet d’élever ceux qui le pra­ti­quent avec rec­ti­tude et géné­ro­sité, sans faux sem­blants. Pour sus­ci­ter notre pas­sion, d’ailleurs, une épreuve spor­tive doit res­ter un jeu loyal et ouvert. Nous ne dési­rons pas applau­dir quel­ques surhom­mes invul­né­ra­bles, pro­gram­més pour gagner. Une com­pé­ti­tion spor­tive cesse d’être authen­ti­que­ment spor­tive et nous ennuie bien vite, quand elle n’offre que le spec­ta­cle d’une invin­ci­bi­lité fac­tice. La beauté du sport, au contraire, sup­pose tou­jours l’audace et l’inven­tion d’un style. Nous aimons sen­tir, en effet, qu’une liberté s’exprime dans l’espace pour­tant contraint de règles géo­mé­tri­que­ment tra­cées, et s’incarne devant nous dans des ges­tes mémo­ra­bles. Car c’est l’usage de cette liberté qui confère au geste spor­tif sa valeur sin­gu­lière.

La beauté du sport consiste à nous lais­ser voir ce que cha­cun « peut » dans les limi­tes de son pro­pre corps. Le but du jeu n’est pas de trans­gres­ser les fron­tiè­res du pos­si­ble au ris­que de se détruire. Le sport est un beau com­bat s’il s’agit de décou­vrir en soi-même les res­sour­ces néces­sai­res à l’exploit.

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Le sens essen­tiel de la lutte contre le dopage est donc bien de redo­rer les bla­sons du sport, d’en magni­fier la valeur. Nous pou­vons nous en don­ner les moyens. C’est une chance his­to­ri­que qu’il ne faut pas man­quer. Nous dis­po­sons, en effet, aujourd’hui, des ins­tru­ments qui nous per­met­tent de mener effi­ca­ce­ment le com­bat contre le dopage. A cet égard, nous pou­vons d’ores et déjà tirer les leçons des efforts déjà accom­plis par le cyclisme qui est aujourd’hui, de très loin, le sport le plus contrôlé. Ainsi, le cyclisme inter­na­tio­nal, tel une sorte de labo­ra­toire expé­ri­men­tal de la lutte anti­do­page, pour­rait bien ser­vir d’exem­ple à l’ensem­ble du sport fran­çais, euro­péen, mon­dial. Le pas­se­port san­guin, en ce sens, pour­rait, après avoir été expé­ri­menté, deve­nir pour tous les sports, une solu­tion d’ave­nir.

La mise en place du pas­se­port san­guin nous offre, en effet, bel et bien, l’oppor­tu­nité d’amor­cer un tour­nant his­to­ri­que dans la lutte contre le dopage. Il s’ins­crit dans la conti­nuité des nou­vel­les métho­des de contrôle (déve­lop­pées par l’AMA et l’AFLD...), dites métho­des de détec­tion indi­recte.

Contrairement à la détec­tion cou­ram­ment pra­ti­quée, qui isole dans le sang ou l’urine du spor­tif la molé­cule inter­dite, la détec­tion indi­recte doit per­met­tre de déce­ler des condui­tes dopan­tes sans recher­che de sub­stan­ces. Le pas­se­port san­guin se fonde sur l’obser­va­tion d’évolutions anor­ma­les des don­nées bio­lo­gi­ques indi­vi­duel­les. Il per­met­tra, ainsi, de détec­ter plus faci­le­ment les pro­duits dopants qui échappent aux métho­des de détec­tion clas­si­ques.

Le pas­se­port san­guin per­met­tra d’ins­tau­rer un suivi san­guin indi­vi­dua­lisé de cha­que spor­tif. Comme l’ont mon­tré vos dis­cus­sions, lors de la deuxième table ronde d’hier, le pas­se­port san­guin a fait l’objet de vali­da­tions scien­ti­fi­ques, et offre ainsi une véri­ta­ble garan­tie de résul­tats.

En outre, la pro­po­si­tion de révi­sion du code mon­dial anti-dopage ouvre le champ à la reconnais­sance des preu­ves indi­rec­tes. Une modi­fi­ca­tion de l’arti­cle 2.2 du code a ainsi été pro­po­sée, et sera sou­mise à appro­ba­tion lors de la confé­rence de Madrid du 12 au 17 novem­bre 2007. Cependant, comme toute méthode radi­ca­le­ment nou­velle, le pas­se­port san­guin néces­site d’être testé dans la pra­ti­que. Un pro­jet pilote qui nous four­nira les bases sur les­quel­les le pas­se­port san­guin pourra être évalué en ter­mes de ratio coût / effi­ca­cité.

Sur le fon­de­ment de l’expé­rience cycliste, nous tran­che­rons, à l’automne 2008, sur le fait de savoir si l’uti­li­sa­tion du pas­se­port san­guin doit être péren­ni­sée et étendue aux autres sports. Les dis­cus­sions menées au cours de ces deux jour­nées ont per­mis de lever dif­fé­ren­tes dif­fi­cultés liées à la mise en place du pas­se­port bio­lo­gi­que. Des dif­fi­cultés d’ordre orga­ni­sa­tion­nel ont tout d’abord été sou­le­vées : mise en place de plu­sieurs mil­liers de contrô­les, agré­ment d’un nom­bre limité de labo­ra­toi­res, iden­ti­fi­ca­tion des pré­le­veurs... L’impli­ca­tion forte de l’UCI et la mobi­li­sa­tion de son réseau trans­na­tio­nal per­met­tront de dépas­ser ces dif­fi­cultés.

L’appli­ca­tion de sanc­tions pré­vue par une telle mesure sou­lève également des ques­tions d’ordre juri­di­que, comme celle de la res­pon­sa­bi­lité en cas de conten­tieux. Sur ce point il sem­ble per­ti­nent d’opter pour un par­tage des res­pon­sa­bi­li­tés, et de pri­vi­lé­gier un pro­ces­sus de prise de déci­sion en deux temps :
- D’abord, un exa­men médi­cal et scien­ti­fi­que indé­pen­dant pour­rait être rendu par une com­mis­sion dont la com­po­si­tion sera vali­dée par l’AMA et l’UCI
- Puis vien­drait la prise de déci­sion fon­dée sur l’avis médi­cal de cette com­mis­sion, Enfin, les dis­cus­sions ont per­mis de se deman­der si la sou­mis­sion au suivi du pas­se­port san­guin devait repo­ser sur le volon­ta­riat ou revê­tir un carac­tère obli­ga­toire. Vous avez décidé, à juste titre, il me sem­ble, de doter le pas­se­port san­guin d’un carac­tère contrai­gnant, qui seul offre la garan­tie d’un pari réussi. Ainsi, le pas­se­port san­guin devien­dra une condi­tion néces­saire à la par­ti­ci­pa­tion aux épreuves cyclis­tes dont le Tour de France. Les ano­ma­lies qu’il per­met­tra de détec­ter condui­ront à des sanc­tions régle­men­tai­res (no-start notam­ment) ou dis­ci­pli­nai­res.

L’ins­tau­ra­tion du suivi du pas­se­port san­guin per­met­tra de palier les insuf­fi­san­ces des contrô­les anti­do­page tra­di­tion­nels. Les contrô­les tra­di­tion­nels n’appa­rais­sent, en effet, plus adap­tés aux nou­veaux pro­to­co­les de dopage, qui ont fait l’objet de raf­fi­ne­ments per­ma­nents...

En outre, on peut leur repro­cher une ini­quité de trai­te­ment, puisqu’ils ne sont pas pra­ti­qués de façon sys­té­ma­ti­que sur la tota­lité des par­ti­ci­pants à une course, cer­tains cou­reurs étant, de fait, dis­pen­sés de contrôle. La pra­ti­que de contrô­les aléa­toi­res est, en effet, sus­cep­ti­ble de lais­ser des condui­tes dopan­tes impu­nies. C’est pour­quoi il convient, comme il a été décidé aujourd’hui, que le suivi du pas­se­port san­guin ait un carac­tère contrai­gnant pour tous.

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Ensemble, nous avons donné la preuve qu’aucune dif­fi­culté tech­ni­que n’est insur­mon­ta­ble. Aussi, je tiens une der­nière fois à vous remer­cier pour avoir rendu pos­si­ble ce chan­ge­ment radi­cal qui mar­quera l’Histoire de la lutte contre le dopage. Il est de notre res­pon­sa­bi­lité d’empê­cher qu’un cli­mat de sus­pi­cion géné­ra­li­sée ne s’ins­talle. Du suc­cès de ce com­bat, dont les enjeux moraux n’échappent à per­sonne, dépend l’ave­nir du sport.

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Je ferai donc un vœu pour finir : le vœu qu’à l’occa­sion de cette lutte contre le dopage, nous puis­sions, tous ensem­ble, scel­ler pour long­temps l’union sacrée de l’éthique et du sport. Si les dia­lo­gues ont pu être aussi effi­ca­ces et cons­truc­tifs sur l’épineux sujet du dopage, pour­quoi ne le seraient pas sur un champ plus large et plus pros­pec­tif comme le futur du cyclisme ? Nous avons vu que le tra­vail ensem­ble était pos­si­ble, ne nous arrê­tons pas en si bon che­min !

Je vous remer­cie.