Le site du Ministère des Sports, de la Jeunesse, de l'Éducation populaire et de la Vie associative

Examen de la proposition de loi visant à modifier le régime de responsabilité civile du fait des choses des pratiquants sportifs sur les lieux réservés à la pratique sportive
| 06/02/2012 |

8 février 2012

Monsieur le Président,
Madame la Présidente de la commission, Chère Michèle,
Monsieur le Rapporteur, cher Eric,
Mesdames et Messieurs les Députés,

Je vou­drais tout d’abord vous dire mon plai­sir de me retrou­ver devant la repré­sen­ta­tion natio­nale pour dis­cu­ter d’une nou­velle pro­po­si­tion de loi sur le sport.

Je remer­cie Eric BERDOATI, auteur et rap­por­teur du texte. Eric BERDOATI a été un rap­por­teur très impli­qué lors du vote de la loi Ethique du sport, adop­tée dans la nuit du 18 jan­vier 2012, dans cet hémi­cy­cle. En tant que Président du comité du sup­por­té­risme, il est également un appui impor­tant pour le minis­tère des sports.

Je vou­drais le remer­cier d’être à nou­veau à l’ini­tia­tive de cette pro­po­si­tion de loi qui vient régler une dif­fi­culté réelle pour les sports néces­si­tant l’uti­li­sa­tion d’objets, comme par exem­ple un vélo en cyclisme.

Tout spor­tif sait qu’il prend des ris­ques dans le cadre de sa pra­ti­que spor­tive. C’est le fon­de­ment de la « théo­rie de l’accep­ta­tion des ris­ques » qui a long­temps pré­valu en matière de res­pon­sa­bi­lité civile des spor­tifs.

L’une des dif­fi­cultés de cette théo­rie était qu’elle ne s’appli­quait qu’aux com­pé­ti­tions et non aux entraî­ne­ments. Il y avait une forme d’inco­hé­rence, comme vous l’avez très jus­te­ment sou­li­gné dans l’exposé des motifs.

Lorsqu’elle a eu à sta­tuer sur un cas d’acci­dent dans un cir­cuit fermé, lors d’un entraî­ne­ment, la Cour de Cassation a donc fait le choix d’har­mo­ni­ser sa juris­pru­dence, dans le sens le plus pro­tec­teur pour la vic­time.

L’arrêt du 4 novem­bre 2010 mar­que l’aban­don de la théo­rie de l’accep­ta­tion des ris­ques que ce soit pour l’entraî­ne­ment ou la com­pé­ti­tion.

La Cour lui sub­sti­tue le prin­cipe de la res­pon­sa­bi­lité sans faute du fait des cho­ses, défini à l’arti­cle 1384 du code civil.

Avec la res­pon­sa­bi­lité sans faute du fait des cho­ses, les vic­ti­mes n’ont plus à établir la faute du gar­dien de la chose à l’ori­gine du dom­mage causé. Les condi­tions d’indem­ni­sa­tion des vic­ti­mes s’en trou­vent très lar­ge­ment ren­for­cées.

La Cour a voulu appor­ter une plus grande pro­tec­tion aux vic­ti­mes.

Toutefois, ce revi­re­ment de juris­pru­dence va faire peser une charge très lourde sur les orga­ni­sa­teurs de mani­fes­ta­tions spor­ti­ves et les fédé­ra­tions.

Si le nom­bre de dom­ma­ges à indem­ni­ser devient beau­coup plus impor­tant, les assu­reurs de ces orga­ni­sa­teurs ou fédé­ra­tions vont aug­men­ter très for­te­ment leurs pri­mes d’assu­rance. C’est d’ailleurs déjà le cas.

Dans ce contexte, il est évident que cer­tains orga­ni­sa­teurs seront obli­gés d’aban­don­ner leur acti­vité, faute de pou­voir payer ou faire payer à leurs licen­ciés de tel­les pri­mes.

Ce serait extrê­me­ment regret­ta­ble pour le sport fran­çais. Des sports et des événements spor­tifs, qui occu­paient jusqu’alors une place impor­tante dans notre patri­moine spor­tif, seraient en effet ame­nés à dis­pa­raî­tre.

Ce pour­rait être le cas d’événements aussi emblé­ma­ti­ques que le Tour de France, le Trophée Jules-Verne, l’Enduropale, le Super Cross de Paris-Bercy ou le Rallye d’Alsace.

Des mil­liers d’emplois sont concer­nés. 4500 per­son­nes tra­vaillent sur le Tour de France. Le Rallye d’Alsace repré­sente 30 à 45 mil­lions d’euros de retom­bées direc­tes. Les réper­cus­sions économiques seront majeu­res et il y a urgence à agir.

L’ora­teur du groupe UMP, Jean-Pierre DOOR, qui est également pré­si­dent du groupe d’études « sports méca­ni­ques », mesure bien les enjeux qu’il y a der­rière cette loi.

Vous le voyez, la pro­po­si­tion de loi sou­mise à votre exa­men tente de répon­dre à un pro­blème réel pour le mou­ve­ment spor­tif.

Elle pro­pose d’exo­né­rer de leur res­pon­sa­bi­lité civile sans faute les pra­ti­quants à l’ori­gine de dom­ma­ges maté­riels cau­sés à d’autres pra­ti­quants, lors d’un entraî­ne­ment ou d’une com­pé­ti­tion sur un lieu spé­ci­fi­que­ment réservé à la pra­ti­que spor­tive.

On consi­dère que les spor­tifs connais­sent et assu­ment les ris­ques inhé­rents à leur sport.

Il fau­dra désor­mais à nou­veau prou­ver une faute carac­té­ri­sée pour enga­ger la res­pon­sa­bi­lité du spor­tif gar­dien de la chose ayant causé des dom­ma­ges maté­riels.

Il reste la ques­tion des dom­ma­ges cor­po­rels. Je suis défa­vo­ra­ble aux amen­de­ments qui ont été dépo­sés à ce sujet. Si on inclut le cor­po­rel dans la loi, les vic­ti­mes n’auront plus aucun recours. Pourtant, il faut régler la ques­tion de leur indem­ni­sa­tion et des pri­mes d’assu­rance.

Nous allons donc met­tre en place un fonds d’indem­ni­sa­tion des vic­ti­mes. Le monde du sport est prêt à assu­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés. J’ai d’ailleurs eu des dis­cus­sions très posi­ti­ves avec Denis MASSEGLIA et le mou­ve­ment spor­tif sur ce sujet. Le fonds a un autre avan­tage.

Ce fonds per­met­tra de régler tous les pro­blè­mes d’indem­ni­sa­tion et non pas seu­le­ment les dom­ma­ges cor­po­rels cau­sés par une chose sous la garde d’un autre spor­tif.

Concernant les autres amen­de­ments qui ont été dépo­sés, je suis favo­ra­ble à l’arti­cle addi­tion­nel pro­posé par Monsieur Lionel TARDY.

La revente illé­gale de billets pose des pro­blè­mes impor­tants de sécu­rité dans les sta­des. Elle crée également un effet d’infla­tion sur le prix des billets. Cela va à l’encontre des efforts faits par les fédé­ra­tions et les acteurs cultu­rels pour démo­cra­ti­ser l’accès aux mani­fes­ta­tions spor­ti­ves et cultu­rel­les.

Mesdames et Messieurs les dépu­tés,

Je sais que la repré­sen­ta­tion natio­nale est sou­cieuse de pré­ser­ver la diver­sité du sport fran­çais. Je vous engage donc à adop­ter cette loi dont le seul but est de pré­ser­ver l’exis­tence et le dyna­misme de l’ensem­ble des dis­ci­pli­nes spor­ti­ves.

Je vous remer­cie.